L’institut de remise à l’heure des montres et des pendules


par Ahmet Hamdi Tanpinar (Turquie) - présenté par l'Institut Yunus Emre

PAVILLON CARRÉ DE BAUDOUIN, 121 rue de Ménilmontant, 75020 Paris


En langue originale : Saatleri Ayarlama Enstitüsü Traduction : Timour Muhidine

Année de parution : traduction française en 2007

Édition : Actes Sud

Textes lus par le comédien Kaan Arikan


Résumé :

À travers les mésaventures nonchalantes d’Hayri Irdal, premier antihéros à la Oblomov de la littérature turque, l’auteur évoque le passage de l’ancien au nouveau, d’une société bouleversée de fond en comble avec une ironie souveraine. Le personnage principal traverse ici la fin de l’Empire Ottoman et les premières années de la République comme un somnambule, un fétu de paille voguant au gré des aspirations de son entourage.

Extrait du texte :

En français :

« Ceux qui me connaissent savent que je ne nourris pas un grand intérêt pour la chose écrite. Toute mon érudition, si vous laissez de côté les romans de Jules Verne et les Nick Carter lus dans mon enfance, se résume à ces livres d'histoire dont j'ai, autant que faire se peut, sauté les mots arabes et persans, ainsi que d'autres oeuvres comme les fables du Tutinâme, des Mille et Une Nuits ou d'Abou Ali Sinâ. A des époques ultérieures précédant la fondation de notre institut et dans la mesure où, par désoeuvrement, il m'arrivait de parcourir les livres de classe des enfants à la maison, j'ai également lu de petits extraits de feuilletons ainsi que des articles dans les cafés de la porte d'Edirne ou de Şehzade-başi où je passais parfois la journée entière, plongé dans la lecture des journaux.Je peux aussi dater de cette époque ma lecture des études de psychanalyse que rédigeait le docteur Ramiz, le médecin qui me suivait lors de mon séjour en observation à l'Institut de médecine et qui, par la suite, devait se montrer si bon envers moi. Et je peux vous assurer que je n'ai pas sauté la moindre ligne de ses articles ni de ses livres afin de me montrer digne de la faveur accordée par cet éminent personnage, adonné à d'aussi sérieuses recherches. Car ces oeuvres consacrées à des problèmes de la plus haute importance - et dont l'origine m'échappait totalement - ne s'accordaient ni à mon goût littéraire ni à ma raison. Elles servaient simplement à masquer mon ignorance au cours de nos longues conversations avec le docteur Ramiz - c'était toujours lui qui parlait et moi qui écoutais. On ne se défait jamais de l'éducation que l'on a reçue dans son enfance. Mon père était opposé à ma lecture d'autre chose que les livres d'arabe à quatre sous du type Emsile et Avamil ou les livres de classe. C'est peut-être en raison de cette censure, ou plus exactement de cette obstruction, que j'avais entièrement renoncé à toute forme de lecture.Et pourtant, à un certain point de ma vie, je réussis à composer un mince ouvrage. Je ne l'avais pas écrit pour satisfaire à cet égotisme que j'ai toujours condamné - c'est-à-dire dans la simple intention que l'entourage s'exclame : "Vous avez vu, Hayri Irdal a écrit un livre !" -, mais je ne l'avais pas non plus écrit en cédant à une quelconque inspiration artistique. J'expliquerai sous peu le pourquoi, le comment ainsi que les conditions de rédaction de cette oeuvre figurant au catalogue de notre institut maintenant disparu, ou plutôt entré en liquidation permanente grâce à l'opportune intervention d'Halit le Régulateur. Il me faut néanmoins tout de suite reconnaître que je suis redevable de l'accueil réservé au susdit livre consacré à la vie et aux dé­couvertes de notre célèbre cheikh Zamanî, saint patron des montres et horloges, au seul mérite d'Halit le Régulateur, fondateur de notre institut, mon bienfaiteur et sincère ami qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Je lui dois en effet tout ce qui est bon, beau et utile dans ma vie, à ce grand homme qui nous a quittés, victime d'un accident d'automobile il y a trois semaines. A titre de preuve supplémentaire, il me suffira de mentionner qu'il avait brusquement découvert l'existence du cheikh Ahmet Zamanî Efendi le bien nommé, digne produit de l'époque du sultan Murât IV - une révélation peut-être aussi importante que notre institut lui-même -, en s'appuyant sur mes explications dans le domaine de l'horlogerie, ainsi que sur mes confidences concernant Nouri Efendi, l'horloger dont j'avais autrefois été l'apprenti.

Biographie de l’auteur :

Né en 1901, Tanpınar est le fils d'un juge, Hüseyin Fikri Efendi. Il est âgé de treize ans quand sa mère décède à Mossoul. La profession de son père entraînant de fréquents déménagements, il poursuit sa scolarité dans différentes villes : Istanbul, Sinop, Siirt, Kirkouk, et Antalya. Après avoir abandonné ses études à l'école vétérinaire, il reprend son cursus à la faculté des lettres de l'université d'Istanbul dont il sort diplômé en 1923. Il enseigne la littérature au lycée, à Erzurum (1923-1924), Konya et Ankara, à l'École normale de Gazi et à l'Académie des beaux-arts, où il donne des cours d'esthétique, d'histoire de l'art et de mythologie, en plus de son enseignement de littérature (1932-1939). De 1942 à 1946, il est député de Kahramanmaraş à la Grande Assemblée nationale de Turquie. En 1953, il entreprend un grand voyage en Europe, qui le conduit pendant six mois dans de nombreux pays : France, Belgique, Pays-Bas, Angleterre, Espagne et Italie. Il meurt d'une crise cardiaque à Istanbul le 24 janvier 1962 et repose dans le cimetière Aşiyan dans cette même ville.

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